Deuil périnatal

15 Oct

 En ce 15 octobre journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal je vous partage le témoignage poignant d’Emmanuelle… Je voulais parler de ce sujet mais je ne savait pas comment l’aborder alors merci a toi Manue de me laisser partager ton témoignage…

« Mon cher Ange,

4 ans que tu es parti rejoindre les anges et aujourd’hui, grâce à la générosité de Valérie, je vais t’expliquer ce qu’il s’est passé et partager ma douleur avec d’autres femmes qui ont vécu certainement pire que nous……

Nous ne pourrons jamais connaître les raisons de ta naissance prématurée et ton départ dans de si grosses souffrances.

Je me souviens encore de cette nuit où tout à commencé : de violentes douleurs au ventre, des saignements, puis la peur ; La peur de te perdre si tôt, 3 mois……. Je me souviens aussi de l’attente aux urgences, où nous n’étions pas prioritaires car pour eux tu n’était qu’un fœtus alors que pour moi tu était déjà tellement d’amour et d’espoir ! De ce médecin qui m’annonçait que tu étais un garçon, mais qui deux minutes après me disait que de toutes façons, il n’y avait rien à faire et que je devais rentrer à la maison « Vous habitez à 45 minutes, vous êtes à côté, quand la fausse couche aura démarré, revenez ».

Malgré tout, tu t’es accroché, tu as voulu vivre et dire à ce toubib qu’il se trompait, que tu n’allait pas mourir !

Il y a eu ensuite tous ces allers-retours urgences / maison, ils nous gardaient quelques jours en soufflant et en me disant : « C’est bon maintenant, vous êtes rassurée ? » Et bien non, je ne l’étais pas, ton papa non plus d’ailleurs !

Est venu le jour de la Saint Valentin, jour pour lequel le personnel de la maternité m’a faite sortir en pensant me faire plaisir. Jour d’horreur pour moi, car la poche des eaux qui te protégeait un minimum a décidé de se fissurer……..

Retour aux urgences moins de 24 heures après notre sortie…….résultat de l’échographie : « Pas beaucoup de liquide amniotique, mais bon, on va voir, on lui laisse une chance de 48 heures, et ensuite on avisera ».

On décide de s’accrocher, de ne pas penser au pire, enfin en apparence, car au fond de moi, j’y pense à chaque seconde.

Puis un soir tout a basculé (encore plus), la poche a cédé……..j’étais hystérique ! L’écho montrait que tu n’avais plus assez de liquide pour pouvoir te développer et vivre. On m’a « proposé » de rentrer à la maison :

« Il va mourir d’ici 24 heures, quand vous aurez des contractions, revenez, on vous accouchera »

……. Sauf que je n’ai pas voulu ! Je me suis battue, j’ai envoyé les médecins balader et j’ai gagné, ils étaient obligés de nous garder toi et moi !

Tu t’es battu et accroché à la vie 15 jours de plus, les choses ont fait que tu étais très bas et que ta tête faisait bouchon, tu arrivais à produire jute assez de liquide pour survivre dans mon ventre.

Puis les contractions sont revenues……………. : « C’est trop dangereux Mademoiselle, pour vous et pour le bébé, il faut faire quelque chose, on va vous donner des anti-douleurs, de la morphine……… » Là ce fut terrible, car je savais que la morphine allait déclencher l’accouchement……Les médecins me certifiaient le contraire, mais je le sentais……. Je me disais que tu t’étais tellement accroché à la vie que tu allais survivre, que tu étais viable………

Un soir, la morphine n’a plus fait effet……. Après examen, la sage femme me dit que c’est le moment………

Comment lui expliquer que je sais ce qu’il va se passer, que je n’ai pas envie d’aller en salle d’accouchement, que je ne veux surtout pas en fait ! Je n’ai pas le choix, nous sommes en souffrance toi et moi……..

Pose de la péridurale (qui ne fera pas effet car posée trop bas), attente interminable………

La sage femme revient après de longues minutes….. Dernière échographie……. Dernière fois que je t’ai vu vivant…… Le médecin arrive, je suis de nouveau hystérique, on me propose de me shooter, ils pensent que je ne vais pas tenir le choc…..Mon cœur bat vite, je n’arrive plus à respirer, je pleure…..Tellement…….

Quand je suis revenue dans la réalité, l’anesthésiste m’a posé la main sur le cœur et m’a dit : « Il sera toujours là, dans votre cœur, avec vous ».

La sage femme revient me voir, me console comme elle peut et me dit que je pourrais te voir quand je le voudrais…………. Ce fut un choc pour moi, je savais que tu n’étais plus là car ton père et moi avions refusé toute réanimation, nous ne voulions pas qu’ils s’acharnent sur ton si petit corps, qu’ils te fassent souffrir encore plus……….

Ton père arrive…..je lui explique et il part se renseigner…...non en fait non, tu n’as pas survécu, ton p’tit cœur s’est arrêté de battre, tu étais trop fatigué, tu as trop voulu lutter contre la mort, les contractions étaient trop fortes.

Le soir même ils ont voulu que je rente à la maison, j’ai encore une fois refusé, j’étais dans les vapes, je n’arrivais pas à comprendre ce qu’il s’était passé. Je suis allée apporter à la sage femme de nuit la peluche que j’avais depuis le début de la grossesse, cette peluche panda qui nous avait accompagnée durant toutes ces épreuves, cette peluche qui a été incinérée avec toi pour te protéger à jamais. Je ne voulais pas que tu sois seul.

J’ai encore honte aujourd’hui, mais au début, je ne voulais pas te voir, j’avais trop peur de ne pas y arriver, de péter les plombs. Puis le lendemain, l’envie de te dire au revoir, d’essayer de surmonter l’insurmontable pour moi. Je me suis effondrée quand je t’ai vu. Malgré toutes ces souffrances, et ta très grande prématurité (6 mois), tu étais beau, tu étais le plus beau bébé du monde pour moi !

Le calvaire a continué, nous avons pu te déclarer, mais il n’existe pas de statut pour un bébé mort en couche, pour eux, tu étais mort né…… Sur notre livret de famille, ton nom et ton prénom sont barrés d’un simple coup de stylo……Nous n’avons pu t’enterrer, car à ce terme, c’est crémation obligatoire……… Je n’étais pas considérée comme une maman avant la naissance de ton p’tit frère !

Je t’aimerais toujours mon ange, tu es avec moi en permanence, dans mon esprit et dans ma chair aussi, je me suis faite tatouer les empreintes de tes pieds sur le bras, et ton frère les caresse souvent…….

Je sais aussi que ton grand-père, qui t’as rejoint trop tôt, s’occupera bien de toi !

Adieu mon ange ! « 

 

 

Image

Un énorme merci a Manue, les larmes coulent encore en relisant ton témoignage… ❤ ❤ ❤

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2 Réponses to “Deuil périnatal”

  1. Emmanuelle octobre 15, 2013 à 9:34 #

    Merci à toi !!!! ❤

  2. stéphanie octobre 16, 2013 à 2:20 #

    Très touchant! 😥

Laisse moi un ptit mot, ça fait toujours plaisir !!!

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